Larressingle
Un village d’abbés sous la pierre blonde du Condomois
Entre Condom et Montréal-du-Gers, la route s’enfonce dans un pays de vignes basses, de bosquets, de collines à peine soulevées. C’est la Ténarèze — cette ligne de partage des eaux qui depuis les Pyrénées descend vers la Garonne sans jamais traverser de rivière, vieille voie de transhumance, vieille voie de pèlerinage, vieille voie tout court. On roule au creux des coteaux et l’on ne voit rien venir. Puis, à un détour, l’enceinte surgit.
Une enceinte qui ne domine pas, mais qui saisit
Elle ne domine pas. Elle ne s’annonce pas de loin comme une silhouette de citadelle perchée. Elle est là, posée au flanc d’un léger relief, calcaire blonde sur fond de feuillage — et c’est cette modestie même de la pierre qui désarme. Les courtines hautes de quatorze mètres, les sept contreforts carrés qui les épaulent, la tour-porte qui s’élève en avant du rempart pour en commander l’entrée : tout est resserré, tout tient dans le regard. Deux cent soixante-dix mètres de muraille polygonale clôturent l’ensemble. On peut en faire le tour à pied en quelques minutes. C’est très peu. C’est presque trop peu — et c’est précisément ce qui rend la chose troublante.
Le fossé existe encore, large de dix mètres, à sec aujourd’hui, gardant son profil ancien. Un pont de pierre l’enjambe pour mener à la porte. Le pont-levis a disparu depuis longtemps ; un tablier maçonné l’a remplacé, et seul l’évidement du couloir, sous la tour, garde la mémoire des herses et du double sas par lequel on franchissait jadis le seuil. Au-dessus, la tour quadrangulaire monte droite, percée de baies étroites, couronnée d’un mâchicoulis dont les modillons de pierre supportent encore la chambre de guet.
Tout en haut, une cloche pend sous un campanile de fer ; une horloge ronde marque sur la pierre claire le passage des heures comme elle le ferait sur la façade d’un beffroi de village. Cette horloge ne fait pas partie du dispositif défensif d’origine. Elle dit que l’enceinte, à un moment de son histoire, a cessé d’être une enceinte pour devenir un lieu de vie ordinaire, un bourg où l’on s’éveille et où l’on se couche au son des heures sonnées.
On franchit la porte. Le couloir voûté, court et bas, oblige à baisser la tête. De l’autre côté, l’œil cherche la place, la halle, la rue droite — toutes ces choses qu’on attend des bastides voisines, Fourcès, Montréal, Larroque-sur-l’Osse. Il n’y a rien de tout cela. Une seule rue, polygonale, fait le tour d’un noyau central — château et église accolés, indissociables — autour duquel viennent s’appuyer, en couronne, une quarantaine de maisons adossées aux courtines.
Pas de plan en damier. Pas d’angle droit ni de mesure d’arpenteur. La forme du village est celle de son rempart, et le rempart épouse le relief. Tout ici a été pensé d’un seul tenant : la muraille, les maisons, l’église, le donjon. C’est cela qui distingue Larressingle des bastides marchandes apparues en Gascogne à la même époque. Ici, le village n’a pas été tracé pour accueillir un marché, un péage, des coutumes. Il a été tracé pour protéger une autorité.
Larressingle est un castelnau ecclésiastique — formule à laquelle il faut s’arrêter, car elle dit l’essentiel. Castelnau : un château neuf, une fortification autour de laquelle s’agglomère un habitat. Ecclésiastique : la fortification est l’œuvre, et la résidence, d’un homme d’Église. À quatre kilomètres de là, sur la Baïse, se dresse Condom, ville d’abbés bénédictins puis siège épiscopal à partir de 1317. Larressingle est leur résidence retirée, leur réduit défensif, leur point d’appui rural.
Les abbés y viennent depuis le XIᵉ siècle ; ils y bâtiront, au tournant des XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, l’enceinte qu’on franchit aujourd’hui. Quand on entre à Larressingle, on n’entre pas dans une ville. On entre dans une maison d’abbé qu’on a fortifiée pour qu’elle tienne.
La lumière sur la pierre change selon les heures. Le matin, le calcaire blond du Condomois prend une teinte presque crème, presque ivoire, et la muraille semble plus douce qu’elle ne l’est. En fin de journée, une lumière rasante vient frapper les contreforts et la tour, et c’est alors que l’on voit le mieux la diversité de l’appareil — ces blocs taillés à différentes époques, certains à peine équarris, d’autres parfaitement réguliers, le grand œuvre du XIIIᵉ siècle se laissant lire à hauteur d’homme, et plus haut, les reprises et les surélévations des âges suivants.
La pierre garde tout. Elle dit ce qu’on lui a demandé, et ce qu’on lui a fait subir. Elle dit aussi la longue patience des restaurateurs qui, dans les années 1920, sont venus la sauver de l’oubli.
Mais nous n’en sommes pas encore là. Pour l’instant, nous sommes au seuil. Et ce seuil, il faut, pour le comprendre, remonter à un homme du XIᵉ siècle, à une faute commise envers Rome, et à une donation faite devant un autel en présence du duc de Gascogne.
Le geste fondateur d’Hugues
Au début du XIᵉ siècle, dans la grande hiérarchie ecclésiastique du Sud-Ouest, un homme cumule deux évêchés à la fois — celui d’Agen et celui de Bazas. Il s’appelle Hugues. Il est neveu du duc Guillaume-Sanche de Gascogne, petit-fils de Garcia Sanche le Courbé. Le sang des ducs coule dans ses veines, et avec lui une part considérable des terres du Condomois, héritées de son père Gombaud. Hugues n’est pas un homme d’Église comme un autre : il est un grand seigneur entré dans les ordres, ou plutôt un évêque qui n’a jamais cessé d’être de sa lignée. Et c’est précisément cela qui lui vaut, à Rome, des ennuis.
Cumuler deux sièges épiscopaux, c’est enfreindre le droit canon. La règle est claire et la faute, lourde. Hugues part pour Rome — voyage long, voyage coûteux, voyage qu’on ne fait que parce qu’il faut le faire. Il y rencontre le pape Benoît VIII, ou peut-être son prédécesseur Serge IV ; les sources divergent et le copiste a brouillé la date. Le pape pardonne. Mais le pardon a un prix : Hugues devra, à son retour, faire une donation à une abbaye. Telle est la pénitence.
Hugues revient en Gascogne. Il choisit l’abbaye qu’il connaît le mieux, la plus proche, la plus chère : Saint-Pierre de Condom, monastère bénédictin niché dans la vallée de la Baïse, dont il a lui-même réformé l’organisation et reconstruit l’église. Il en est le véritable refondateur. Il y nomme son filleul Pierre de Saint-Puelles comme premier abbé.
Dans l’église neuve de Condom, Hugues donne à l’abbaye Saint-Pierre les terres qu’il possède à Condom et autour. Parmi elles figure une villa appelée Larressingle.
La scène de la donation, telle qu’on peut la reconstituer d’après le cartulaire de Condom, se tient le quatrième jour des ides d’août de l’an 1011 — soit le 10 août. Dans l’église neuve qu’il vient de faire bâtir, Hugues réunit autour de l’autel un cercle dont la composition dit l’importance du geste. Il y a le duc de Gascogne, Sanche-Guillaume, qui est son cousin. Il y a Arsius Raca, évêque de Bazas, son confrère. Il y a les vicomtes de Lomagne, seigneurs voisins. Il y a leurs épouses. Il y a, dit le texte, tous ses parents et héritiers possibles — formule décisive, car ce sont précisément ceux qu’il déshérite par son acte.
Devant eux, devant l’autel, devant Dieu, Hugues donne à l’abbaye Saint-Pierre les terres qu’il possède à Condom et autour. Et dans cette donation, parmi d’autres lieux, figure une villa appelée Larressingle.
Ce mot de villa ne désigne pas une simple maison de campagne. Dans le latin médiéval du Condomois, il évoque un domaine rural organisé, sans doute hérité du fond gallo-romain — quelques bâtiments, des terres cultivées, peut-être déjà une chapelle. À Larressingle, il y a probablement, dès cette époque, une église primitive dédiée à saint Sigismond — ce roi burgonde du VIᵉ siècle, converti, mort en martyr, dont on ne sait trop pourquoi il a donné son nom à cette église perdue dans la campagne gasconne.
Aucun élément visible de ce premier édifice n’a survécu. Tout sera reconstruit, recouvert, remanié par les siècles à venir. Mais le nom est là, et le lieu est désormais, par la grâce d’une faute pardonnée, propriété des moines de Condom.
Hugues meurt vers 1013, peu après son geste. Pierre de Saint-Puelles ne lui survit guère. Le monastère qu’il a fondé, lui, tient. Et les terres de Larressingle, avec lui.
Pendant deux siècles, on entend peu parler de Larressingle dans les chroniques. La villa est une dépendance parmi d’autres — Cassaigne, Béraut, Caussens, autant de lieux que les abbés tiennent par donations successives, autant de sources de revenus pour la communauté de Condom. La possession est confirmée par deux bulles pontificales : celle d’Alexandre III en 1163, celle d’Innocent IV en 1245. Rome elle-même reconnaît, scelle, garantit. Le titre est solide. Le lieu, modeste, dort dans son écrin de coteaux.
Mais au cours du XIIIᵉ siècle, quelque chose change. L’horizon politique se durcit. Le mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt — vieux d’un siècle déjà — a fait passer toute la Gascogne sous la couronne d’Angleterre. La frontière entre possessions Plantagenêt et domaine capétien serpente, mouvante, contestée. Les conflits entre les abbés de Condom et leurs administrés — les consuls de la ville, hommes de marché et de privilèges qui n’entendent pas se laisser tenir en lisière — s’enveniment. Les abbés, dans Condom même, ne sont plus tout à fait chez eux. Il leur faut une retraite. Il leur faut un lieu fortifié, hors la ville, où ils puissent au besoin se réfugier — et tenir.
C’est alors qu’on voit s’élever, sur le coteau de Larressingle, la forteresse que nous connaissons. Le cartulaire de Condom attribue l’achèvement des tours à l’avant-dernier abbé, Arnaud Othon de Lomagne, dans la seconde moitié du XIIIᵉ siècle. C’est lui qui dote aussi Cassaigne, autre résidence abbatiale toute proche, de remaniements importants. Sa famille — les Lomagne — est l’une des plus puissantes du Sud-Ouest gascon ; Arnaud Othon est de la même étoffe que les seigneurs qu’il fortifie contre.
La pierre qu’il fait tailler à Larressingle n’est pas celle d’un simple moine bâtisseur. C’est celle d’un homme de pouvoir qui sait qu’un abbé, au XIIIᵉ siècle, doit pouvoir, s’il le faut, soutenir un siège.
L’enceinte polygonale s’élève. Les sept contreforts montent. L’église romane est tronquée par la construction du château qui vient s’accoler à son flanc occidental — sacrifice étrange, qu’on examinera plus tard, et qui dit à lui seul la priorité absolue donnée à la défense. Le castrum de Retrosingula, comme l’écrivent les notaires latins de l’époque, prend la forme qu’il garde encore. Quand Arnaud Othon meurt, son successeur, Auger d’Anduran, hérite d’une place forte. Il lui restera, pour la sécuriser pleinement, à s’allier au plus puissant des seigneurs voisins — qui se trouve être, en cette fin de XIIIᵉ siècle, le roi d’Angleterre.
C’est ce que nous verrons.
Des abbés aux Plantagenêts
Le 20 juin 1285
Auger d’Anduran est abbé de Condom depuis quelques mois à peine. La forteresse de Larressingle, achevée par son prédécesseur, dresse ses tours neuves au-dessus des vignes. Mais une muraille seule ne suffit pas : il faut, derrière les pierres, des soldats pour les tenir, et des arrière-mondes politiques pour garantir la place. L’abbé n’en a pas. Il s’apprête à les chercher.
Le 20 juin 1285, à Condom, Auger d’Anduran scelle un acte que les diplomatistes appelleront un paréage. Le mot vient du latin paritas — l’égalité. C’est un contrat d’association entre deux seigneurs qui décident d’exercer en commun, à parts égales, leurs droits sur une même terre. L’autre partie, ici, n’est pas un vicomte de Lomagne ni un comte d’Armagnac. C’est Édouard Iᵉʳ Plantagenêt, roi d’Angleterre — qui est aussi, depuis son sacre, duc d’Aquitaine.
L’acte concerne Condom et Larressingle. L’abbé partage avec le roi le droit de nommer consuls, jurats et notaires ; le droit de recevoir de nouveaux habitants ; le droit de rendre la justice. En échange, le roi d’Angleterre s’engage à protéger l’abbé contre toute rébellion de ses propres administrés — et, par voie de conséquence, à fournir la garnison du castrum de Retrosingula, comme l’écrit le texte latin.
Ce paréage est un geste politique d’une grande lucidité. Auger d’Anduran sait que l’autorité d’un abbé, fût-il bâtisseur, ne suffit pas à tenir une frontière. Il sait que la Gascogne tout entière est aquitaine, c’est-à-dire anglaise depuis le mariage d’Aliénor avec Henri Plantagenêt en 1152 — et que tenir une place forte dans cette mouvance suppose qu’on en accepte le suzerain. Il sait aussi que le Plantagenêt, tout roi qu’il soit, a besoin de relais locaux fidèles, et qu’un abbé fortifié dans son ressort vaut mieux qu’un vassal turbulent. L’accord profite aux deux parties.
Désormais, à Larressingle, les soldats qui montent la garde sur les courtines portent les couleurs d’Édouard Iᵉʳ. L’abbé reste maître de sa résidence ; il y vient quand il veut, y séjourne, y rend la justice à sa part. Mais les remparts sont anglais. Et le castrum, déjà transféré nominalement au roi d’Angleterre dès 1279, est désormais pleinement intégré dans le maillage défensif que les Plantagenêts tissent à travers la Gascogne, de bastide en bastide, de tour en tour, pour tenir un duché qu’ils ne possèdent que parce qu’ils le défendent pied à pied.
Le silence d’un siècle
On s’attendrait à ce qu’à la génération suivante, quand éclate la guerre que l’histoire appellera plus tard de Cent Ans, Larressingle entre dans la chronique des sièges, des prises, des reprises. Le contexte s’y prête. La Gascogne devient le théâtre principal du long conflit. Les compagnies pillent. Les chevauchées du Prince Noir traversent le pays. Les bastides changent de mains. Condom, à quatre kilomètres, vit dans l’inquiétude permanente. Et pourtant, à Larressingle, il ne se passe rien — ou presque rien que les sources aient retenu.
Le cartulaire de Condom, les chroniques épiscopales, les actes notariés ne mentionnent aucun siège, aucune prise, aucun épisode militaire d’importance. Le village reste là, derrière ses murs, traversé par les troubles sans en être atteint. La présence d’un bailli particulier — Arnaud de Floris en 1324 — atteste qu’il continue d’être administré, que la justice y est rendue, que la vie courante s’y déroule. Mais le castrum ne devient pas le point de fixation d’une bataille. Pourquoi ?
Trois raisons possibles au silence
Larressingle n’est sur aucune route majeure : les grands axes des chevauchées suivent plutôt les vallées de la Garonne et du Lot.
Tant que dure le paréage de 1285, la place est officiellement anglaise : les Plantagenêts n’ont pas à la prendre puisqu’elle est à eux.
Courtines de quatorze mètres, contreforts, fossé, double pont-levis : l’ensemble compose une place trop coûteuse à prendre pour une compagnie en quête de butin facile.
Quoi qu’il en soit, le miracle est là : pendant que la guerre dévore la Gascogne, Larressingle dort. Le castrum revient au domaine royal de France en 1324, quand Charles IV le Bel reprend l’Agenais ; il y demeure ensuite, malgré les flux et les reflux de la guerre. À la fin du XIVᵉ siècle, Larressingle relève désormais de l’évêché de Condom, créé en 1317 par le pape gascon Jean XXII — un Cadurcien d’origine, lié à la terre d’oc. Les anciens abbés sont devenus évêques. Leur résidence rurale, qu’on appelle désormais château épiscopal, garde sa fonction de refuge et de demeure. Mais elle n’a plus à craindre les armes.
Pas avant 1589.
Pardaillan de Gondrin
Les guerres de Religion ont pris la Gascogne dans leur trame depuis trente ans déjà. Le pays est partagé : Condom est catholique, mais l’Armagnac voisin compte des places huguenotes solides ; Henri de Navarre, le futur Henri IV, mène campagne dans le voisinage. Quand Henri III est assassiné en août 1589 et que Navarre devient roi, une partie de la noblesse catholique refuse de reconnaître le Béarnais protestant. La Ligue, qui dominait Paris, s’enracine en province. En Condomois, Antoine-Arnaud de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan (1562-1624), seigneur d’une grande famille gasconne, choisit le camp ligueur.
Pardaillan a besoin d’une base. Il lui faut une place forte, bien tenue, à l’écart des grandes routes mais d’où l’on puisse rayonner sur l’Agenais et le Condomois. Il jette son dévolu sur Larressingle. La prise se fait sans difficulté véritable : l’évêque n’a plus là qu’une résidence à demi entretenue, gardée par une poignée d’hommes. Pardaillan s’y installe en 1589, l’utilise comme tête de pont pour ses razzias, son recrutement, ses coups de main. Pendant sept années, le castrum redevient ce qu’il avait été conçu pour être : un point d’appui militaire dans une guerre civile.
L’épisode ne dure pas. Henri IV, devenu Henri de France et plus seulement de Navarre, abjure le protestantisme à Saint-Denis en juillet 1593. Reconnu par Rome en 1595, il rallie progressivement la noblesse ligueuse — par persuasion, par négociation, parfois par paiement comptant des fidélités. Pardaillan de Gondrin fait sa soumission en 1596 et rend Larressingle au roi.
L’évêque rentre dans ses murs. Il les trouve fatigués. Pas détruits — Pardaillan n’a pas dynamité la place, il l’a utilisée, et l’on n’use jamais soigneusement d’une forteresse qu’on tient. Les courtines sont sales, l’église a souffert, le donjon a été investi sans précaution. Il faudra rénover. Mais le castrum tient.
Et en 1610, par lettres patentes, Larressingle se sépare administrativement de Condom : elle devient communauté à part entière, avec ses propres consuls. Trois siècles après sa donation à l’abbé Hugues, six siècles après l’enceinte d’Arnaud Othon, le village d’abbé devient — enfin — une commune ordinaire.
C’est sa victoire. Et c’est le début de son oubli.
L’homme qui passait à bicyclette
Le départ des évêques
Au XVIIᵉ siècle, quelque chose se défait, doucement, à Larressingle. Les évêques de Condom continuent d’y venir, mais de moins en moins. Le château fortifié, conçu deux siècles plus tôt pour résister à un siège, n’est plus une résidence confortable : les fenêtres sont étroites, les salles humides, le donjon malcommode, l’escalier à vis épuisant pour des hommes vieillissants. À trois kilomètres de là, sur un coteau plus doux, se tient le château de Cassaigne — autre possession épiscopale, mais celui-là remanié à la Renaissance, ouvert sur ses vignes, vaste, lumineux.
Les évêques s’y installent. Ils n’abandonnent pas Larressingle ; ils s’en éloignent, simplement, comme on délaisse une maison de famille pour une autre, plus commode.
La conséquence est lente, presque imperceptible d’abord. Les serviteurs ne se rendent plus à Larressingle pour préparer la venue du maître. Les artisans ne sont plus appelés à l’entretien. Une cheminée qui fume, une toiture qui fuit, un vantail qui ne ferme plus : on remet à plus tard, puis à beaucoup plus tard, puis à jamais. La pierre, livrée à elle-même, supporte. Mais le bois pourrit, l’ardoise glisse, la végétation prend ses entrées dans les fissures.
L’épisode le plus saisissant, et le plus symbolique, advient sous le dernier évêque de Condom, Monseigneur Joseph-François de Charitte d’Auterroches, en charge du diocèse de 1763 à 1792. Ayant besoin de bois de charpente pour son château de Cassaigne, il fait démonter la toiture de l’église Saint-Sigismond de Larressingle pour en récupérer les poutres. L’église romane, fortifiée jadis pour servir de refuge à la population, reste à ciel ouvert. La pluie y entre. Le chœur s’abîme.
C’est un prélat, c’est-à-dire un homme dont la fonction est d’entretenir les sanctuaires, qui dépouille son propre lieu de culte pour en équiper sa résidence d’agrément. Le geste dit, à lui seul, ce qu’est devenu Larressingle : une réserve de matériaux pour d’autres lieux mieux aimés.
La Révolution, et le dépeçage
Vient 1789. Vient la nuit du 4 août, l’abolition des privilèges, la nationalisation des biens du clergé. Le château épiscopal de Larressingle, comme tant d’autres, est déclaré bien national et vendu aux enchères en 1791. Il passe en quelques années entre plusieurs mains — bourgeois de Condom, négociants, petits propriétaires terriens — qui ne savent qu’en faire. Trop grand pour une famille, trop coûteux à entretenir, sans utilité agricole, sans rente, sans gloire. Il devient ce que deviennent au XIXᵉ siècle tant de monuments médiévaux dont plus personne ne veut : une carrière.
On y prend les pierres. D’abord celles qui se détachent toutes seules. Puis celles qu’on peut atteindre. Puis celles qu’il faut arracher. On en construit des étables dans les fermes voisines, des murets, des remises. On en transporte certaines plus loin. Les chapiteaux sculptés, les linteaux moulurés, les piédroits taillés — tout ce qui a une valeur d’usage trouve preneur. Tout ce qui n’en a pas reste sur place, en désordre, sous la ronce.
Les habitants, eux, ont quitté l’enceinte depuis longtemps. Au XIXᵉ siècle, on bâtit un bourg neuf en contrebas, hors les murs, à l’aplomb de la route et près des sources. Les maisons adossées aux courtines, vides, se ferment l’une après l’autre. À la fin du siècle, trois familles seulement habitent encore l’intérieur du castrum. Le reste est livré aux herbes folles, au lierre, aux figuiers sauvages qui poussent dans les joints de pierre.
C’est dans cet état que Tholin et Gardère, en 1892, viennent décrire Larressingle pour leur monographie publiée à Auch chez l’imprimeur Foix. Leur texte est précieux non seulement parce qu’il fixe l’état archéologique du lieu à la veille de sa restauration, mais parce qu’il en saisit, presque malgré lui, la mélancolie. Ils décrivent une enceinte intacte mais déserte, un donjon ruiné mais reconnaissable, une église dépouillée mais debout. Pierre Bénouville en trace trois planches en eau-forte que l’on peut consulter aujourd’hui sur Gallica. Ce sont les dernières images d’un Larressingle d’avant la résurrection — un village qui semble n’avoir plus que quelques années à vivre.
L’homme qui passait à bicyclette
L’année 1920 commence à peine. Un homme parcourt les routes du Gers à bicyclette. Il a trente-sept ans, il est mince, élégant, légèrement insouciant comme on l’est encore après avoir survécu à la guerre. Il s’appelle Édouard Mortier. Il porte un titre que peu d’hommes portent encore en ce début de XXᵉ siècle : il est le cinquième duc de Trévise, descendant en ligne directe du maréchal d’Empire qui combattit à Friedland et fut foudroyé par une bombe lors de l’attentat de Fieschi en 1835. Le nom est ancien. La fortune ne l’est plus tellement.
Édouard Mortier est critique d’art, collectionneur, érudit. Il a peu de moyens propres mais beaucoup d’entregent. Surtout, il est habité par une obsession : celle du patrimoine français en péril. La guerre vient de s’achever, qui a ravagé les cathédrales du Nord, vendu en pièces détachées des hôtels particuliers de province, dispersé aux quatre vents des collections entières. Pire encore : les antiquaires américains, profitant d’un franc effondré et d’une France exsangue, achètent en masse — tympans romans entiers démontés pierre à pierre, chapelles déposées en caisses, statues médiévales vendues comme curiosités décoratives.
Mortier voit dans ce dépeçage une forme moderne du pillage. Il invente, pour le nommer, un terme : l’elginisme, du nom de ce Lord Elgin qui avait, au début du XIXᵉ siècle, démonté les marbres du Parthénon pour les rapporter à Londres.
Ce 1920-là, donc, Mortier roule entre Condom et Montréal. Il a quitté Cassaigne le matin. Il pédale sans hâte parmi les vignes. À un détour, l’enceinte surgit — comme elle surgit aujourd’hui pour qui suit le même itinéraire. Mais ce qu’il voit alors, lui, n’est pas l’enceinte vivante des photographies modernes. C’est une silhouette à demi engloutie sous le lierre, des tours décapitées, un donjon ouvert au vent, des maisons effondrées dont les toitures ont disparu. Les ronces ont pris le pas de garde. Un figuier pousse dans la chambre haute de la tour-porte.
Mortier descend de bicyclette. Il fait le tour. Il entre.
Ce qu’il éprouve à cet instant, on ne le sait pas exactement — il l’a raconté plus tard avec la pudeur des gens qui savent que les grandes émotions ne se disent pas. Mais quelque chose se décide là. Il faut sauver cela. Pas seulement classer le monument, pas seulement écrire une note à la Commission des Monuments historiques — il faut véritablement le sauver, le racheter, le restaurer, le rendre habitable. Et pour cela, il faut des moyens que l’État, en 1920, n’a plus.
Le Comité de Boston
De retour à Paris, Mortier passe à l’action. Le 9 décembre 1921, il fonde, avec un cercle d’intellectuels et d’érudits, la Sauvegarde de l’Art français — association destinée à lutter contre le démantèlement et l’exportation du patrimoine. Larressingle figure dès l’origine parmi ses chantiers prioritaires. Le château est classé Monument historique l’année suivante, en 1922 ; l’enceinte le sera en 1947, puis 1950.
Mais la Sauvegarde est pauvre. Pour trouver de l’argent, Mortier a une idée d’une audace presque insolente : il va le chercher chez ceux-là mêmes qui dépouillent la France. Il s’embarque pour les États-Unis. Pendant des mois, il parcourt l’Amérique en train et en automobile, donne des dizaines de conférences — à Boston, à New York, à Philadelphie, à San Francisco, à Chicago — devant des cercles d’érudits, de collectionneurs et de mécènes. Son argumentaire est habile : il ne fustige pas l’achat, il propose une alternative. Plutôt que d’acquérir un fragment de France pour l’emporter chez vous, devenez propriétaires d’une demeure entière qui restera en France et que vous aurez sauvée. Ce que Mortier offre à ses interlocuteurs américains, ce n’est pas un objet, c’est un acte.
Cela marche. Dans chaque ville visitée se forme un comité local, fédéré sous le nom d’American Foundation for the Safeguard of French Art. Chaque comité adopte un monument. Boston choisit Larressingle. Saint-Cosme dans le Val-de-Loire revient à New York. L’aître Saint-Maclou de Rouen à San Francisco. Le système est unique en son genre, et il fonctionne.
En 1926, le Comité de Boston est officiellement constitué. Plusieurs familles bostoniennes acceptent une proposition extraordinaire : devenir propriétaires de maisons qu’elles n’ont jamais vues, dans un village dont elles n’avaient jamais entendu le nom, au cœur d’une province gasconne dont aucune carte américaine ne portait alors la trace. Elles versent des fonds pour la restauration des courtines, du donjon, des maisons adossées au rempart, de l’église. Elles ne viendront, pour la plupart, jamais. Mais leur argent vient.
Pendant les années 1920 et le début des années 1930, le chantier avance. Des maîtres maçons gascons taillent à nouveau la pierre du Condomois, suivant les méthodes anciennes, retrouvant les profils oubliés. On relève les courtines tombées, on referme les toitures, on consolide le donjon, on rétablit la couverture de Saint-Sigismond — celle-là même que Monseigneur d’Auterroches avait fait démonter cent quarante ans plus tôt. La crise de 1929 ralentit le flux des dons américains, qui finira par se tarir. Mais l’essentiel est sauvé.
Édouard Mortier meurt en 1946, à soixante-trois ans, alors que la Seconde Guerre vient de prendre fin. Il n’aura pas vu Larressingle achever sa résurrection — mais il aura vu, du moins, qu’il l’avait rendue à elle-même.
Bien des décennies plus tard, dans les dernières années du XXᵉ siècle, les descendants des familles bostoniennes du Comité sont venus visiter le village que leurs grands-parents avaient sauvé. Ils ont été reçus par les habitants. On leur a montré les maisons. La mémoire du Comité y est encore vive, transmise de génération en génération, comme une dette d’honneur que Larressingle a contractée envers une ville qu’elle ne connaît pas — et qui ne la connaissait pas elle-même.
C’est cela, peut-être, qu’il faut retenir : un village d’abbés gascons sauvé par des bourgeois de Nouvelle-Angleterre. La pierre du Condomois doit sa survie à un homme qui pédalait sans but un matin de 1920, et à des familles qui, depuis Boston, ont accepté de signer pour un rêve.
L’église retournée sur elle-même
Une église amputée
L’église Saint-Sigismond se dresse au centre de l’enceinte, à quelques mètres du donjon, accolée à lui. Vue de l’extérieur, elle paraît modeste : une nef basse, un chevet plat, un clocher-mur qui se confond presque avec les bâtiments voisins. Rien n’indique qu’elle est, à elle seule, l’un des édifices les plus singuliers du Condomois.
Sa singularité tient à une violence ancienne. Au XIIIᵉ siècle, quand Arnaud Othon de Lomagne entreprit de bâtir le château abbatial juste à l’ouest de l’église romane préexistante, la nouvelle construction se trouva en travers du chemin. Elle empêchait la nef de s’étendre vers l’occident, comme l’aurait voulu la liturgie. Plutôt que de renoncer au château — priorité défensive absolue — on fit le choix inverse : on tronqua l’église.
Le chœur primitif, avec sa voûte en cul-de-four caractéristique du roman, fut conservé. Mais on le perça en son fond, entre les deux contreforts qui le soutenaient à l’est, pour permettre à l’édifice de s’étendre dans cette direction. Deux travées nouvelles, voûtées en berceau brisé — déjà gothique naissant — furent ajoutées au-delà du percement. L’église se retourna sur elle-même. Le chœur ancien devint la nef. Un nouveau chœur, à chevet plat, fut bâti là où jadis s’arrêtait l’édifice.
Quand on entre aujourd’hui par le portail roman — un beau portail à chapiteaux sculptés, à la base du clocher-mur, miraculeusement préservé — on pénètre directement dans l’ancien chœur, devenu nef. La voûte en cul-de-four que l’on voit au-dessus de soi, dans la première travée, est celle d’un chœur du XIIᵉ siècle. Le regard porte ensuite vers ce qui paraît un fond d’église ordinaire, avec son autel et son chevet plat — mais ce chevet est en fait l’extension du XIIIᵉ, et le mur qu’on a percé pour le rejoindre est encore visible à mi-parcours, entre ses deux contreforts.
À Larressingle, la défense a toujours primé sur le reste, et même l’autel a dû céder.
Une salle haute, accessible par une tourelle d’escalier à vis percée au sud du clocher-mur, surmonte la nef. Elle servait de refuge à la population en cas d’alerte. Un passage en hauteur, aujourd’hui muré, reliait jadis cette salle au deuxième étage du donjon : on pouvait, depuis l’église, accéder directement au château sans redescendre dans la rue. Église et forteresse formaient un seul organisme défensif. C’est cette imbrication que les archéologues d’Hadès, dans leur étude récente, ont remise au jour — confirmant ce que le simple regard avait toujours suggéré.
Le faux Vercingétorix
À l’intérieur de l’église se dresse une statue de saint Sigismond, placée là dans les dernières années du XIXᵉ siècle ou les premières du XXᵉ. Le commanditaire — sans doute le curé du village ou la fabrique paroissiale — avait passé commande à l’atelier toulousain Monna, manufacture honorable spécialisée dans la statuaire religieuse. Le saint figuré porte couronne, robe et glaive, attributs du roi burgonde martyr. L’allure est grave, le geste un peu raide.
Mais cette statue n’est pas une statue de saint Sigismond. C’est, à proprement parler, une réduction du Vercingétorix d’Aimé Millet — ce colossal bronze que Napoléon III fit ériger en 1865 au sommet du Mont Auxois, à Alise-Sainte-Reine, en Côte-d’Or, sur le site présumé du siège d’Alésia. L’atelier Monna, qui produisait en série pour les paroisses du Sud-Ouest, disposait sans doute du modèle réduit de la statue. On l’a livré comme tel, étiqueté pour la circonstance, sans qu’aucun fidèle de Larressingle ne s’avise jamais que le saint roi burgonde qui présidait à leurs prières était en réalité le chef arverne battu par César.
Le détournement est savoureux ; il dit la fin d’une époque, ou plutôt sa désinvolture. À la fin du XIXᵉ siècle, la statuaire religieuse industrielle française ne s’embarrassait plus de l’individualité de chaque saint. On disposait de modèles génériques que l’on adaptait, parfois sans même les modifier. Le Vercingétorix d’Aimé Millet — figure du héros vaincu mais sublime, telle que la IIIᵉ République venait de la canoniser — devenait, à peu de frais, n’importe quel saint guerrier dont on avait besoin. À Larressingle, il devint saint Sigismond. Personne n’y vit malice. Personne, peut-être, n’y vit rien.
La statue est toujours là. Elle veille sur les fidèles d’un village qui ne soupçonne pas, pour la plupart, que leur saint patron emprunte ses traits au dernier défenseur de la Gaule.
Habiter Larressingle
Aujourd’hui, l’enceinte de Larressingle abrite environ deux cents habitants — un peu plus que pendant la longue traversée du XIXᵉ siècle, mais infiniment moins que les trois cents âmes que l’on pouvait, selon les estimations, loger derrière les courtines au XIVᵉ siècle. La plupart vivent dans le bourg neuf, en contrebas, construit au cours du XIXᵉ siècle quand l’enceinte se vidait. À l’intérieur des murs, une vingtaine de personnes seulement habitent encore à demeure. Les autres maisons restaurées par le Comité de Boston accueillent des résidents saisonniers, des hôtes de passage, des boutiques d’artisans. Quelques figuiers continuent de pousser dans les joints de pierre, comme au temps de Tholin et Gardère. On ne peut pas les arracher tous.
Habiter Larressingle, au sens propre, c’est habiter une œuvre collective qui ne vous appartient pas tout à fait. Les murs sont classés. Les façades sont surveillées. Le moindre volet, la moindre tuile, la moindre fenêtre passe par l’œil d’un architecte des Bâtiments de France. C’est le prix de la résurrection. Ceux qui vivent là le savent et l’acceptent — ou bien ils ne s’y installent pas. Le village ne se prête pas à l’improvisation. Il se transmet, il se confie, il se mérite.
L’église Saint-Sigismond, classée à son tour en 1988 pour son chœur, est entretenue par la commune. Les vitraux qu’on y voit aujourd’hui sont contemporains — réalisés dans les dernières décennies, en remplacement de verrières disparues depuis longtemps. Ils baignent l’intérieur d’une lumière douce, légèrement irréelle, qui ne convient pas mal à un lieu de cette nature. La messe y est dite quelques fois par an. Le reste du temps, l’église est ouverte aux visiteurs ; on y entre librement, on s’y assoit quelques instants, on lit les panneaux explicatifs apposés à l’entrée.
La voûte en cul-de-four veille sur ce qu’elle veille depuis huit cents ans : la prière des passants, le silence des pierres, le passage de la lumière.
L’ombre de Cassaigne
À trois kilomètres de Larressingle, sur son coteau, le château de Cassaigne dresse toujours ses bâtiments Renaissance au-dessus des vignes. C’est lui qui, au XVIIᵉ siècle, avait détourné les évêques de Larressingle. C’est lui qui, sous Monseigneur d’Auterroches, avait reçu les poutres de Saint-Sigismond. Aujourd’hui, Cassaigne produit un excellent armagnac — l’une des plus anciennes maisons de l’appellation, dont les chais s’étendent sous les voûtes médiévales d’une ancienne salle abbatiale. Les deux châteaux, qui furent jadis frères en domaine épiscopal, se sont durablement séparés : Cassaigne dans le vin, Larressingle dans la pierre. L’un fait commerce, l’autre fait mémoire.
C’est cette mémoire, peut-être, qu’il faut venir chercher à Larressingle. Pas la mémoire reconstituée des fêtes médiévales et des spectacles de trébuchets — ceux-là remplissent leur office, et l’on ne saurait leur en faire grief — mais l’autre mémoire, plus longue, plus secrète.
Celle qui se tient dans la jonction d’une voûte en cul-de-four et d’une travée en berceau brisé, dans le percement d’un chevet roman par les bâtisseurs du château, dans la pierre blonde qu’un Bostonien acheta sans la voir et qu’un maçon condomois retailla cent ans plus tard, dans la statue d’un saint qui est en fait celle d’un chef gaulois, dans l’horloge qui sonne sur la tour-porte d’un castelnau qui n’a jamais cessé de tenir.
Larressingle, en définitive, n’est pas seulement le plus petit des villages fortifiés de France — surnom qui dit moins que la vérité. C’est un village d’abbés. C’est un castrum sauvé par hasard. C’est une église retournée sur elle-même. C’est un palimpseste habité.
Et c’est, peut-être, l’un des derniers endroits de Gascogne où l’on peut, en franchissant un simple seuil de pierre, entrer véritablement dans un autre temps...
Notice bibliographique
Cette chronique s’appuie sur les travaux anciens consacrés à Larressingle, sur les sources ecclésiastiques du Condomois, sur les notices patrimoniales relatives au village fortifié et sur les études récentes portant sur l’église Saint-Sigismond et l’organisation du castrum.
Sources historiques et érudites
- Georges Tholin et Philippe Gardère, Larressingle, étude archéologique et historique, Auch, Imprimerie Foix, 1892.
- Cartulaire de l’abbaye de Condom, actes relatifs aux possessions de Saint-Pierre de Condom et aux donations du XIᵉ siècle.
- Bulles pontificales d’Alexandre III, 1163, et d’Innocent IV, 1245, confirmant les possessions de l’abbaye de Condom.
- Acte de paréage du 20 juin 1285 entre Auger d’Anduran, abbé de Condom, et Édouard Iᵉʳ Plantagenêt, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine.
- Documentation relative à Antoine-Arnaud de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, et aux troubles ligueurs en Condomois à la fin du XVIᵉ siècle.
Patrimoine, restauration et iconographie
- Pierre Bénouville, planches en eau-forte de Larressingle publiées dans l’étude de Tholin et Gardère, consultables dans les collections numérisées de Gallica.
- Notices de la base Mérimée, ministère de la Culture, relatives au château, à l’enceinte fortifiée et à l’église Saint-Sigismond de Larressingle.
- Documentation de la Sauvegarde de l’Art français sur Édouard Mortier, duc de Trévise, et la restauration de Larressingle au XXᵉ siècle.
- Archives et communications relatives à l’American Foundation for the Safeguard of French Art et au Comité de Boston.
- Études archéologiques récentes menées sur l’église Saint-Sigismond et sur les relations structurelles entre l’église, le donjon et l’enceinte.
Pour replacer Larressingle dans son contexte régional, on consultera également les travaux consacrés au Condomois médiéval, aux castelnaux gascons, à la Ténarèze, aux possessions des abbés puis évêques de Condom, ainsi qu’aux politiques de sauvegarde du patrimoine monumental français dans l’entre-deux-guerres.
