Carnets photographiques · Quercy · 23 mai 2012
Castelnau-
Bretenoux
Le vaisseau rouge du Quercy, entre forteresse féodale et demeure de collectionneur.
Entrer dans le carnetOn aperçoit d’abord une masse rouge posée sur son éperon. Les tours semblent avoir poussé avec la roche, lourdes, presque closes, et pourtant déjà ouvertes sur les vallées du nord du Quercy. Castelnau-Bretenoux ne se livre pas d’un seul regard. Il faut en contourner les murailles, franchir le châtelet, puis accepter que la forteresse change peu à peu de visage.
Ce carnet suit cette métamorphose : de la puissance des barons de Castelnau aux salles habitées par les collections de Jean Mouliérat, du rempart au vitrail, de la pierre nue au bois sculpté.
Une forteresse faite pour dominer
Mentionnés autour de 1100, les Castelnau font de cet éperon un poste de pouvoir. Tour-résidence et donjon s’élèvent au début du XIIIe siècle ; le châtelet est ajouté au XIVe. Agrandi jusqu’au XVIIe siècle, l’ensemble conserve son plan triangulaire et cette présence singulière que la pierre rouge rend visible de très loin.
Le château se laisse gagner
Le chemin monte entre les murs. Rien n’est frontal : une rampe, une porte rejetée dans l’ombre, des tours entrevues derrière les feuillages. L’architecture défensive impose encore son rythme au visiteur.
Une cour où les siècles se répondent
À l’intérieur, le château cesse d’être un bloc. La pierre claire du donjon, les maçonneries rouges, les arcades et les ouvertures racontent les agrandissements successifs. La place forte médiévale est devenue, avec le temps, une demeure plus confortable et plus ouverte.
De la forteresse à la demeure
Le passage vers les intérieurs change la lumière. Le regard quitte les masses pour suivre une nervure, le grain d’un parquet, une chaise tournée vers la fenêtre. C’est ici que l’œuvre de Jean Mouliérat devient sensible. Le ténor de l’Opéra-Comique achète le château en 1896, le sauve de la ruine et y rassemble meubles, peintures, tapisseries et sculptures.
Plus de huit siècles dans la pierre
Quelques dates suffisent à comprendre pourquoi le château ressemble moins à un édifice achevé qu’à une histoire demeurée visible.
Un cartulaire mentionne les Castelnau. Le nom évoque le « château neuf », castel nau en occitan.
Donjon, châtelet, tour d’artillerie, logis et galeries fixent progressivement la silhouette actuelle.
Un incendie ravage une partie du château, déjà délaissé et menacé de démolition.
Jean Mouliérat rachète la ruine et consacre plus de trente ans à sa restauration.
Le ténor donne à l’État le château et ses collections, conservés selon ses volontés.
Des arcades au paysage
Après les salles, les galeries ramènent vers l’extérieur. La pierre se couvre de roses ; au-delà des créneaux, les collines reprennent possession de l’horizon. La forteresse n’est plus seulement un verrou : elle devient un belvédère.
Le chemin redescend
On quitte Castelnau comme on l’a gagné : par un passage resserré, entre la pierre et les feuillages. Derrière soi demeurent les tours ; devant, la lumière reprend sa place.
Sources et bibliographie
- Centre des monuments nationaux, « Histoire du château de Castelnau-Bretenoux ».
- Pascale Thibault, Le Château de Castelnau-Bretenoux, collection « Itinéraires », Éditions du patrimoine, Centre des monuments nationaux, 64 p., ISBN 978-2-7577-1043-2.
- Ministère de la Culture, Histoire des arts, « Le château de Castelnau-Bretenoux ».
