Bicorne brodé d’or au premier plan, défilé napoléonien dans la rue de Miélan
Carnets photographiques

Miélan, un village sous l’Empire

30 juin 2012 — Gers, Gascogne

Ce jour-là, je n’étais pas seul. Marchait à mon côté un homme que l’épopée impériale avait saisi dès l’enfance et ne lâcha jamais : mon père. Ces images sont les siennes autant que les miennes ; qu’elles lui soient dédiées. À mon père

Chapitre premier

Le village s’éveille en 1812

Au matin du 30 juin 2012, la bastide s’était donné deux siècles de moins. Sous les arcades de la place, les tambours de la Grande Armée s’accordaient ; les plumets rouges tranchaient sur la pierre blonde, et le pas cadencé remontait les rues comme un souvenir qui aurait retrouvé son chemin.

Le tambour-major et ses tambours sous les arcades de Miélan
Le tambour-major passe sa batterie en revue, sous les arcades de la place.
Rang de tambours de la Grande Armée sous les arcades de Miélan
La batterie au repos, l’œil aux aguets.
Le tambour-major face à sa batterie de tambours, place de Miélan
Face à face : le tambour-major et ses hommes.
Tambours de face en marche, plumets rouges, Miélan
La caisse claire donne le pas.
Tambours de la Grande Armée en marche à Miélan
La colonne s’ébranle ; le village entier lui fait cortège.
Chapitre II

L’Empereur paraît

Il parut, comme paraissent les souvenirs : de dos d’abord, silhouette grise entre les broderies d’or de son état-major. Autour de lui, généraux, maréchaux et aides de camp composaient cette cour guerrière dont mon père savait réciter les noms comme d’autres récitent des poèmes.

L’Empereur de dos entouré de ses officiers, reconstitution à Miélan
La redingote grise au milieu des ors : l’Empereur remonte la place.
L’Empereur de profil face à un général, Miélan
Aparté impérial.
Conciliabule d’officiers autour d’un bicorne doré, Miélan
Conciliabule d’état-major.
Officiers napoléoniens en conversation, plumes blanches, Miélan
Plumes blanches et confidences.
Trois officiers d’état-major aux plumets blancs, Miélan
Trois chapeaux, trois destins.
Dragon au casque doré entre deux officiers, Miélan
Le dragon au casque de laiton.
Officiers d’Empire en bicorne près d’une charrette d’époque, Miélan
Halte près de la charrette du train.
Maréchal en grand uniforme brodé d’or et tambours, Miélan
Grand uniforme, grandes ombres : le maréchal et ses tambours.
État-major impérial et tambour en habit rouge, Miélan
L’habit rouge au milieu des bleus de France.
L’état-major impérial en marche dans les rues de Miélan
L’état-major descend vers la place.
Officiers dorés et hussard au dolman rouge, Miélan
Le dolman écarlate du hussard.

Mon père n’applaudissait pas : il reconnaissait. Chaque uniforme, chaque galon lui était une vieille connaissance qu’on retrouve au détour d’une rue.

Chapitre III

Visages de la Grande Armée

Sous les bonnets à poil, il y avait des visages — burinés, graves, presque revenus des neiges de Russie. Ce sont eux que je regarde aujourd’hui : la reconstitution s’efface, et il ne reste que des hommes.

Portraits de deux vétérans en bonnet à poil, Miélan
Deux vétérans, un même regard.
Grognard à la barbe noire et plumet vert, Miélan
Le grognard à la barbe noire.
Vétéran médaillé menant le cortège, Miélan
Le vétéran médaillé ouvre la marche.
Femmes en costume paysan au pas d’une porte ancienne, Miélan
Au pas des portes, le village de 1812.
Cornemuseur au milieu de la colonne de soldats, Miélan
Une cornemuse dans la colonne.
Fusiliers de profil l’arme à l’épaule, Miélan
L’arme à l’épaule, l’œil au loin.
Chasseurs en uniforme vert au repos sous l’arbre, Miélan
Les chasseurs verts à l’ombre du platane.
Sapeurs en tabliers de buffle en marche, Miélan
Les sapeurs, hache à l’épaule.
Rangée de grenadiers de dos, bonnets à poil et plumets rouges, Miélan
De dos, la ligne des plumets.
Sacs en poil de vache des fantassins napoléoniens, Miélan
Les sacs en poil de vache, fidèles compagnons de route.
Chapitre IV

Le bivouac

Derrière l’église, la Grande Armée avait dressé ses toiles. Un canon sommeillait entre les tentes, la marmite pendait à sa crémaillère, et un enfant au bonnet rouge, fusil de bois à la main, montait une garde que personne ne lui avait confiée.

Canon et drapeaux au bivouac napoléonien de Miélan
Le canon au repos, sous la garde des drapeaux.
Table du bivouac : dame-jeanne, pichets et écuelles d’époque, Miélan
La table du soldat : dame-jeanne, pichets, écuelles.
Cantinière en robe rouge au milieu des soldats du bivouac, Miélan
La cantinière en rouge, âme du campement.
Grenadier en uniforme suisse posté près du canon vert, Miélan
Sentinelle suisse à la pièce.
Soldats suisses et hussard près du canon, Miélan
Autour du canon, rouges et bleus se côtoient.
Enfant au bonnet rouge et fusil de bois suivant la troupe, Miélan
La relève : bonnet rouge, fusil de bois, et tout l’avenir devant soi.
Chapitre V

Les dames de l’Empire

Les robes à taille haute descendaient la rue comme un printemps de mousseline. Sous une ombrelle de dentelle, un sourire de 1812 saluait les bicornes ; la guerre, un instant, cédait le pas à la grâce.

Dame en robe Empire sous une ombrelle de dentelle blanche, Miélan
L’ombrelle de dentelle.
Dames en robes Empire défilant dans la rue, Miélan
Mousselines et soies dans la rue principale.
Chapitre VI

La bataille en miniature

Dans la salle des fêtes, l’Empire tenait sur des tables : des milliers de figurines peintes y rejouaient la grande histoire. Mon père s’y attarda longuement — il retrouvait là, en réduction, les batailles qu’il avait cent fois traversées en pensée.

Diorama de bataille napoléonienne : la ferme et les troupes en figurines
La ferme disputée, théâtre en miniature.
Figurines peintes : charge de cavalerie napoléonienne, Miélan
La charge, lance au poing, à hauteur d’étain.
Chapitre VII

Devant la tombe du général Léglise

Le soir venu, la troupe se reforma une dernière fois et prit le chemin du cimetière. Là repose, dans la terre de son village, le général baron Pierre Léglise (1771-1838), enfant de Miélan devenu capitaine des grenadiers à pied de la Garde impériale — Iéna, Eylau, Friedland, Essling, la Russie —, colonel-major des fusiliers-grenadiers et baron d’Empire. Devant sa sépulture, les tambours se turent ; deux siècles s’inclinèrent ensemble.

Soldats suisses et tambours devant le portail du cimetière de Miélan
Au portail du cimetière, la Garde rend les honneurs.
Dame en robe Empire blanche passant le portail du cimetière, Miélan
Une robe blanche franchit le seuil ; le cortège suit en silence.
Chapitre VIII

Le film du jour

La photographie fige l’instant ; le film, lui, en restitue le mouvement — le pas cadencé, le roulement des tambours, le froissement des étoffes. Pour prolonger ce carnet, quelques minutes tournées à Miélan, ce 30 juin 2012.

Vidéo — Miélan, un village sous l’Empire, 30 juin 2012
Miélan, 30 juin 2012 — quelques images animées de cette journée.
Soldats au repos avec fanion sous le feuillage, Miélan
Sous le feuillage, le repos du soldat.

De cette journée, il me reste ces images, et une ombre chère qui marche encore à mon côté dans chacune d’elles. Mon père connaissait la fin de toutes les batailles ; il savait aussi, je crois, que rien ne se perd de ce qui fut aimé. Ces photographies en sont la preuve modeste : quatorze ans après, à Miélan, l’Empire défile toujours — et lui avec.

Fred AUGÉ
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