Saint Fris de Bassoues
La vache et la pierre
C’était quelque part au Xe siècle. Un paysan des environs de Bassoues surveillait son troupeau dans la campagne gasconne. L’une de ses bêtes l’intriguait depuis des semaines : une vache qui ne mangeait presque rien, qui ne buvait guère, et qui pourtant était la plus belle et la plus grasse du troupeau. Chaque matin, elle s’éloignait seule vers les broussailles, s’arrêtait au même endroit et léchait longuement une pierre dissimulée dans les herbes.
Le paysan finit par la suivre. Il dégagea les ronces, écarta la pierre — et se trouva devant un sarcophage. Il en souleva le couvercle.
À l’intérieur gisait un guerrier. Encore couvert de son armure, le casque sur la tête, ses armes à ses côtés. Le corps intact, comme si la terre l’avait préservé, comme si quelque chose l’avait gardé en attente.
La suite du récit est plus révélatrice encore, et on l’omet presque toujours. Quand les villageois voulurent porter le corps vers la petite église du lieu-dit La Tapia, aucun bœuf d’attelage ne consentit à tirer le chariot. Aucun, sauf la vache qui léchait la pierre : elle accomplit seule la besogne, et sans peine.
C’est très exactement le motif de la translation miraculeuse — l’animal qui désigne le saint, puis qui seul le porte. On le rencontre d’un bout à l’autre de la chrétienté, du Cotentin à la Castille. Il ne prouve rien sur Fris. Il prouve que Bassoues racontait son saint dans la langue commune de son temps.
Puis vinrent les miracles. Une source jaillit à l’endroit de la sépulture — autre topos des translations, et vieille dévotion aux eaux surgissantes que l’Église christianisait depuis ses origines. Des malades guérirent. Une chapelle s’éleva, puis une église plus vaste. Le guerrier du sarcophage, disait-on, s’appelait Fris ; il était mort en combattant les Sarrasins, en 732, sur ces collines mêmes.
Reste à savoir qui le disait, et depuis quand.
L’Europe en feu — la razzia de 732
Pour comprendre ce que la légende raconte, il faut d’abord comprendre ce qu’était l’Europe en 732. Un monde en train de basculer, et qui ne savait pas encore de quel côté.
Vingt et un ans plus tôt, en 711, l’armée omeyyade avait franchi le détroit de Gibraltar et renversé l’Espagne wisigothique. En quelques campagnes, la plus grande part de la péninsule était conquise — le Nord-Ouest cantabrique et les hautes vallées basques y échappèrent, et c’est de là que repartirait plus tard la reconquête. Les Sarrasins, Arabes et Berbères mêlés, étaient aux Pyrénées. Ils les avaient franchies.
Depuis 719, ils tenaient Narbonne et la Septimanie — ce que nous appelons le Languedoc. Des raids s’aventuraient vers le nord et l’ouest. En 721, Eudes, duc d’Aquitaine, les avait battus sous les murs de Toulouse. Mais en 732, le gouverneur d’al-Andalus, Abd al-Rahman al-Ghafiqi, lançait une expédition d’une tout autre ampleur.
Son objet n’était pas la conquête au sens strict — les historiens s’accordent là-dessus. C’était la razzia : un pillage à grande échelle, systématique, dévastateur. L’armée franchit les Pyrénées par leur extrémité occidentale, du côté de la Navarre, ravagea Auch, puis descendit vers Bordeaux, emportée d’assaut. Eudes, battu sur la Garonne — peut-être sur la Dordogne —, vit ses forces se disperser. La route du nord était ouverte.
On lit partout un récit très circonstancié de cette razzia gasconne : l’abbaye de Saint-Savin près de Tarbes et celle de Saint-Sever-de-Rustan démolies, Aire, Bazas, Oléron et le Béarn couverts de ruines, la riche abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux livrée aux flammes, les femmes emmenées en captivité et les hommes massacrés.
Ce texte n’est pas une chronique du VIIIe siècle. Sa cadence et son vocabulaire le datent : c’est une page d’histoire romantique du XIXe, recopiée depuis lors de livre en livre et de site en site. Les deux seules sources véritablement contemporaines — la Chronique mozarabe de 754 et les Continuations de Frédégaire — sont infiniment plus sèches et ne nomment presque aucun de ces lieux.
Le détail gascon de l’invasion est donc, en l’état, une reconstitution érudite, non un témoignage.
Cela dit, la razzia eut bien lieu, et la Gascogne fut bien sur son chemin. C’est dans ce contexte de feu que se situe la légende de Fris.
Fris, ou le Frison
Vient la question du nom, et elle emporte tout le reste.
« Fris » n’est probablement pas un nom de baptême. On admet depuis longtemps qu’il désigne une origine : le Frison. Le portail Renaissance de la basilique, au XVIe siècle, le dit sans détour — Sanctus Frisius, filius regis Frisiae, « Saint Fris, fils du roi de Frise ». Le saint y paraît à cheval, le casque surmonté d’une couronne, un sceptre à la main. Le nom appelle la généalogie autant que la généalogie explique le nom.
Or cette généalogie a une date, et elle est tardive. L’histoire de saint Fris repose pour l’essentiel sur un rapport de l’archevêque d’Auch Léonard de Trappes, rédigé en 1623, sur un manuscrit perdu au début de ce même siècle, et sur des traditions locales.
En 1691, les Bollandistes d’Anvers — ces jésuites qui entreprenaient de passer les vies de saints au crible — correspondirent avec les chanoines de Bassoues et conclurent que Fris pouvait être un fils de Radbod, duc de Frise, et un neveu de Charles Martel. Deux générations plus tard, l’abbé d’Aignan du Sendat constatait que c’était devenu une croyance généralement reçue.
Ce n’est donc pas une mémoire paysanne de deux siècles qui a fabriqué le prince frison. Ce sont des clercs, à neuf cents ans des faits, travaillant sur un manuscrit qu’ils n’avaient plus.
Et la généalogie ne tient pas. Pour que Charles Martel fût l’oncle de Fris, il faudrait que Radbod eût épousé une fille de Pépin de Herstal. L’alliance historique va exactement en sens inverse : c’est Theudesinde, fille de Radbod, qui épouse en 711 Grimoald, fils de Pépin. Quant à Radbod lui-même, il ne fut pas l’allié des Pippinides mais leur adversaire — il affronta Charles Martel devant Cologne en 716.
Il y a plus embarrassant encore. La Vie de saint Wulfram, rédigée vers 800, connaît bien un fils de Radbod qui reçut le baptême : il portait le nom de son père et mourut quelques jours après, encore vêtu de sa robe blanche. C’est le seul fils chrétien de Radbod que les textes anciens connaissent, et il n’a pas eu le temps d’aller mourir en Gascogne.
Les autres fils baptisés qu’on prête parfois au duc de Frise sont une invention de l’érudition du XVIe siècle ; un seul d’entre eux est historique. Les chanoines d’Auch et de Bassoues ont fort bien pu s’y abreuver.
C’est de cette même Vie de Wulfram que provient l’anecdote fameuse : Radbod, un pied déjà dans la cuve baptismale, demandant à l’évêque où se trouvaient ses ancêtres morts avant lui, s’entendant répondre qu’ils étaient en enfer, et retirant son pied en déclarant qu’il préférait l’enfer avec les siens au paradis avec des étrangers.
Le récit est admirable. Il est aussi hagiographique, écrit quatre-vingts ans après, et nul historien n’en fait un fait.
Reste une hypothèse plus troublante, et plus littéraire. La légende de Fris pourrait ne rien devoir à une hagiographie ancienne et tout aux chansons de geste : les rois frisons légendaires y abondent, Radbod y devient Raimbaud, et la figure du saint guerrier — celui qui surgit à cheval au plus fort du combat — fut l’une des plus populaires du temps des croisades et de l’essor compostellan.
Bassoues est sur un chemin de pèlerinage. La coïncidence mérite au moins d’être posée.
Il faut pourtant se garder de l’excès inverse. Des contingents frisons servaient bel et bien dans les armées franques : on les employa contre les Danois, les Slaves et les Avars, jusqu’au Danube. Un Frison combattant en Gascogne n’a rien d’invraisemblable. Ce qui est douteux, ce n’est pas le Frison. C’est le prince.
Ce qui est douteux, ce n’est pas le Frison.
C’est le prince.
Le plateau de l’Étendard
La tradition, telle qu’elle s’est fixée, raconte ceci. Les Sarrasins remontaient par la Ténarèze, cette antique voie de crête qui relie la Garonne aux ports pyrénéens. Sur les hauteurs de Lupiac — ce même village qui, près de neuf siècles plus tard, verrait naître d’Artagnan — Fris rattrapa leur arrière-garde. L’engagement resta indécis, puis tourna mal.
Il recula, mais ne fuit pas. Il se replia sur le plateau qui domine la vallée de la Guiroue, au-dessus du hameau de La Tapia — le futur Bassoues —, et d’où l’on voit par temps clair la chaîne des Pyrénées.
C’est là, le 24 juin dit la tradition, qu’il planta sa bannière pour rallier les Francs dispersés. Le lieu s’appelle depuis le plateau de l’Étendard. La bataille reprit, et les Francs l’emportèrent.
Fris fut touché — une flèche à la cuisse. Son cheval l’emporta hors du champ, vers le bas de la vallée, jusqu’aux berges de la petite rivière. Il y mourut. Ses compagnons l’ensevelirent en hâte, sur place, de peur d’une profanation. L’endroit s’appelle le Pont du Chrétien.
Le nom paraît limpide. Il ne l’est peut-être pas. On a proposé d’y lire un plus ancien Pont du Crestian, ou Crestias — le pont des cagots, ces exclus du Sud-Ouest qu’on tenait à l’écart des fontaines, des bénitiers et parfois des ponts.
L’hypothèse n’est pas gratuite : une léproserie, une crestias, est mentionnée à Bassoues en 1283 et en 1295, sans doute près de la fontaine du saint, et l’église paroissiale conserve encore un bénitier du XVe siècle réservé aux cagots. Le saint qu’on invoquait contre l’épilepsie et les maux chroniques fut peut-être d’abord celui des intouchables.
Si tel est le cas, le Pont du Chrétien serait le plus bel exemple gascon de ce que fait la mémoire : elle ne conserve pas, elle traduit.
Poitiers, quelques mois plus tard
La tradition place la mort de Fris en juin 732, quelques mois avant l’un des épisodes les plus commentés de l’histoire de France.
Deux réserves d’entrée. La date d’octobre 732 pour la bataille dite de Poitiers est discutée : une partie de l’historiographie plaide pour octobre 733. Et le site même de l’affrontement demeure inconnu ; l’identification de Moussais, entre Poitiers et Tours, est une hypothèse moderne, commode mais non démontrée.
Le récit, lui, tient dans ses grandes lignes. Pendant que la Gascogne pansait ses plaies, Abd al-Rahman poursuivait sa remontée. Il avait pris Bordeaux, dispersé les forces d’Eudes, pillé les riches sanctuaires du nord de l’Aquitaine. Son objectif suivant était Tours — la ville de saint Martin, le plus opulent des sanctuaires francs.
Eudes, à bout de ressources, appela Charles Martel. Charles franchit la Loire avec ses guerriers. Les deux armées s’observèrent plusieurs jours, puis la cavalerie légère chargea et se brisa. La Chronique mozarabe, qui écrit une vingtaine d’années après, décrit les hommes du Nord immobiles comme une muraille, serrés les uns contre les autres comme une masse de glace. Abd al-Rahman fut tué. Ses hommes plièrent bagage dans la nuit et disparurent vers le sud.
Ce ne fut pas la fin de la présence sarrasine en Gaule : elle se prolongea dans la vallée du Rhône, à Avignon, à Narbonne, jusqu’à la prise de cette dernière par Pépin le Bref en 759. Mais ce fut la fin des grandes razzias en Aquitaine, et le moment où Charles Martel devint l’homme le plus puissant d’Occident — le fondateur de fait d’une dynastie qui allait engendrer Charlemagne.
L’époque — avant les Carolingiens
Il faut mesurer ce qu’était ce monde de 732 pour comprendre ce que pouvait y être un guerrier comme Fris. L’Europe du VIIIe siècle n’est pas celle de Charlemagne : elle est celle qui la précède, plus chaotique, plus fragmentée, plus incertaine. Les Mérovingiens règnent encore en titre — ces rois que le XIXe siècle a appelés fainéants, formule que l’histoire a depuis abandonnée —, mais le pouvoir réel appartient aux maires du palais. Le christianisme s’est imposé dans les grandes plaines de Gaule et de Germanie, tandis que des peuples entiers, Saxons, Frisons, Avars, résistent encore à l’évangélisation. L’islam, lui, est en expansion depuis un siècle à peine.
C’est un monde sans États au sens moderne, sans frontières fixes, sans diplomatie stable. Un monde de fidélités personnelles, de serments prêtés à des hommes plutôt qu’à des nations, de guerres qui tiennent tantôt de la razzia, tantôt de la migration armée. Un monde où un Frison peut fort bien se retrouver à combattre des Berbères dans les collines du Gers, sans qu’il faille pour cela lui inventer un père couronné.
Novembre 1020 — le premier document
Il faut attendre novembre 1020 pour rencontrer Fris dans un acte. Raymond, seigneur de Bassoues, donne alors au monastère bénédictin de Saint-Michel de Pessan le castrum de Bassoues et l’ecclesia beati Frisii — l’église du bienheureux Frison —, à charge d’établir un couvent près du tombeau. La donation est renouvelée en 1047.
Voilà le socle. Tout ce qui précède est tradition ;
tout ce qui suit est histoire.
Et l’histoire, ici, fut rude.
En 1270, Bassoues passe aux archevêques d’Auch. Le village de La Tapia est réorganisé en bastide, dotée de coutumes en 1295 et en 1325 — et l’église du saint, restée en contrebas, se retrouve hors les murs.
Vers 1400, le sceau de la communauté montre encore Fris en cavalier. En 1510, l’église Notre-Dame de la bastide devient paroissiale, collégiale deux ans plus tard ; l’ancien monastère décline. En 1520, le cardinal de Clermont-Lodève fait restaurer la vieille église du saint, désormais réduite au rang de chapelle, et lui donne ses deux portails Renaissance.
Puis les destructions. En 1569, pendant les guerres de Religion, les troupes de Montgomery incendient les bâtiments ; on met le chef du saint à l’abri à Peyrusse-Grande. Les ruines sont relevées en 1623 — l’année même du rapport de Léonard de Trappes. En 1793, la châsse est forcée, son contenu dispersé, partiellement sauvé par les villageois ; le conseil général de la commune ordonne la démolition de l’édifice, et les statues sont brûlées.
Ce qui advint alors du sarcophage mérite d’être dit sans ornement. La cuve de grès fut portée dans une ferme voisine et servit d’abreuvoir au bétail. La tradition ajoute qu’un des bœufs qui y burent en mourut.
La reconstruction vint au siècle suivant : l’église fut relevée de 1847 à 1855, les reliques rassemblées, le chef restitué en 1857, l’édifice reconsacré en 1888. C’est de ces années-là que date le titre de basilique, qui n’est pas médiéval. En 1890, l’abbé Blajan remplaça la fontaine du coteau par une chapelle flanquée d’une petite maison de bains pour les pèlerins. L’église fut protégée au titre des Monuments historiques en 1944, l’ensemble du site en 2016.
De tout cela, une seule chose n’a pas bougé : la crypte, et le sarcophage qu’elle abrite.
Le donjon — six siècles plus tard
Bassoues aujourd’hui. Le village perché sur sa crête, les maisons de pierre blonde serrées autour de la halle, les ruelles qui descendent vers la vallée.
Et dominant tout — le donjon.
Quarante-trois mètres. Une tour carrée de plus de huit mètres de côté, aux murs épais de plus de deux mètres, quatre étages, un escalier à vis de cent quatre-vingt-dix-sept marches logé dans une tourelle octogonale. Des contreforts d’angle énormes, dont deux abritent les latrines, couronnés d’une ceinture de mâchicoulis. C’est l’un des donjons les mieux conservés du Sud-Ouest, et le premier monument classé du département du Gers : la liste de 1840.
Il fut élevé de 1368 à 1371, six siècles après la mort supposée de Fris, par le cardinal Arnaud Aubert, neveu et camérier du pape Innocent VI, archevêque d’Auch et seigneur de Bassoues. La date de 1370-1371 qu’on lit souvent n’est pas celle du chantier mais celle des comptes de construction conservés, publiés en 1902 par Charles Samaran et Adrien Branet dans le Bulletin de la Société archéologique du Gers — nuance qui vaut d’être faite, car c’est à ces comptes que l’on doit tout ce que l’on sait du chantier. Arnaud Aubert mourut en 1371, les travaux quasi achevés ; son successeur Jean Roger de Beaufort, neveu de Clément VI, les termina.
C’était la guerre de Cent Ans, et les campagnes gasconnes étaient à la merci des compagnies. Le donjon fut une réponse : militaire, seigneuriale, ostentatoire. Les Bassouésiens l’appelaient la Masse, ou la Tour du Bach — la tour du bas. Il disait, dans la langue des pierres : ce pays a un maître, et il reste.
Il disait, dans la langue des pierres :
ce pays a un maître, et il reste.
Salles voûtées, cheminées, éviers de pierre, larmiers soulignant les étages : édifice militaire, certes, mais aussi résidence de cardinal. Du château qui l’accompagnait ne subsistent qu’un pan de mur appareillé, quelques baies à meneaux et une tourelle d’escalier ; l’archevêque La Mothe-Houdancourt fit relever au XVIIe siècle ce qui tombait déjà en ruine.
Ce que la légende dit
Saint Fris n’est peut-être qu’une légende. Il faut désormais le dire plus précisément que cela : aucune source contemporaine ne le mentionne, son nom n’apparaît qu’en 1020, sa parenté frisonne est une hypothèse de savants du XVIIe siècle bâtie sur un manuscrit disparu, et cette hypothèse se heurte à ce que l’on sait de la maison de Radbod. Le dossier romain lui-même, en 1964, concluait qu’à défaut de sources le doute subsistait jusque sur sa sainteté.
Et pourtant. Il faut se garder de croire qu’en démontant la légende on l’annule. Une légende n’est pas un mensonge : c’est un dépôt. Chaque couche y témoigne de l’âge qui l’a posée. Le pays a bien été ravagé en 732, et les archives le confirment. Des Frisons ont bien servi dans les armées franques. Un tombeau ancien a bien été trouvé sous les broussailles, et il a bien fallu lui donner un nom. Les chanoines du XVIIe siècle ont donné celui d’un prince, parce que leur siècle voulait des princes ; le XIXe a rebâti l’église et l’a faite basilique, parce que son siècle voulait des basiliques. Aucun n’a menti. Chacun a traduit.
Ce qui demeure, sous les couches, tient en trois images. Une vache qui refuse de manger et lèche une pierre. Une cuve de grès qui, dans les années noires de la Révolution, abreuvait des bêtes dans la cour d’une ferme. Et une crypte que ni les Anglais, ni les huguenots, ni les commissaires de la République, ni les jésuites d’Anvers n’ont réussi à vider.
Quant au guerrier, il n’a jamais rien dit — et c’est bien pour cela que chaque siècle a pu lui prêter sa voix.
