Jean de Batz Le Mouron rouge gascon ?
Un homme réel que les archives rendent insaisissable. Un héros fictif dont chaque exploit est écrit. Entre les deux, une ressemblance — et une légende à démêler.
Le surnom est séduisant. Il est aussi dangereux. Qualifier Jean de Batz de « Mouron rouge gascon » peut éclairer son pouvoir de fascination — à condition de ne jamais transformer une analogie en identité.
Le premier a vécu de 1754 à 1822. Le second naît dans l’imagination d’Emmuska Orczy et devient le héros d’un roman publié en 1905. En 1913, Orczy dément elle-même leur assimilation.
Jean de Batz, l’homme derrière le dossier
Ici, les verbes comptent : les sources établissent, suggèrent, accusent ou laissent dans l’ombre.
En octobre 1793, la République ne cherche plus seulement un homme. Elle cherche un nom derrière lequel ranger ses peurs. Ce nom est celui de Jean de Batz.
On interroge ceux qui l’ont connu, hébergé ou servi. On veut ses adresses, le montant de ses loyers, la fréquence de son courrier, le nom de ses visiteurs. L’enquête descend jusque dans les gestes ordinaires d’une vie que l’on suppose chargée de secrets. Car Batz n’est déjà plus, aux yeux de la Révolution, un simple royaliste. On lui prête des députés achetés, des fonds étrangers, des faux assignats, des correspondances clandestines, des projets pour délivrer la famille royale et des ramifications dans les provinces insurgées.
Seulement voilà : l’homme décrit comme le cœur d’une immense machination demeure introuvable. Plus les dossiers s’épaississent, moins il semble avoir de corps. C’est dans cet écart entre l’ampleur des accusations et la maigreur des traces que commence véritablement son histoire — ou sa légende.
Un visage pour l’homme introuvable
Jean-Pierre de Batz appartient pleinement à l’Histoire. Mais le personnage que la Terreur construit autour de son nom déborde vite l’homme que les archives permettent réellement de saisir.
Portrait d’évocation de Jean de Batz. Dans l’article, les faits établis sont distingués des épisodes attribués et des traditions postérieures.
Un Gascon
Né dans le pays de Tartas, dans les Landes actuelles.
Un député
Représentant de la noblesse de Nérac aux États généraux puis constituant.
Un survivant
Après proscription, exil et retours, il meurt à Chadieu, près de Vic-le-Comte.
Une naissance qu’il voulut agrandir
Jean-Pierre de Batz naît en janvier 1754 dans cette partie de la Gascogne située autour de Gouts, Bégaar et Tartas. Sa famille possède des terres et exerce depuis longtemps des fonctions judiciaires. Elle appartient à la bourgeoisie de robe et peut invoquer certains droits seigneuriaux. Elle n’appartient pourtant pas à la vieille noblesse dont le jeune Batz entend porter les signes.
Les recherches généalogiques rapportées par Charles de Batz-Trenquelléon montrent plusieurs tentatives de rattachement à des branches plus prestigieuses : les Batz de Trenquelléon et de Mirepoix, puis une ascendance remontant à Manaud de Batz d’Armagnac, dit « le Faucheur ». Les filiations produites furent contestées ; le père et le fils revendiquèrent même des ancêtres différents.
Une filiation entre attestations et revendications
Ce schéma ne reconstitue pas une généalogie certaine : il visualise précisément le problème documentaire décrit par les sources.
Le premier brouillage
Avant que la police révolutionnaire ne transforme Batz en conspirateur insaisissable, il avait lui-même travaillé à déplacer les frontières de son identité sociale. Le futur « baron » apparaît ainsi très tôt entre document, revendication et mise en scène.
Cette question généalogique est notamment développée par Charles de Batz-Trenquelléon en 1909 ; son récit familial doit lui-même être lu avec recul.
Son véritable royaume : l’argent
Rien ne serait plus trompeur que de l’imaginer en gentilhomme gascon vivant seulement de son nom, de son cheval et de son épée. Son talent est financier. Dans les dernières années de l’Ancien Régime, il fréquente les milieux d’affaires, spécule notamment autour de la Compagnie des Indes et participe en 1788 à la création d’une compagnie d’assurances sur la vie.
En 1789, il est élu député de la noblesse de Nérac aux États généraux. À l’Assemblée constituante, il intervient sur les questions de liquidation des dettes de l’ancien régime. Ce poste touche au nerf de la Révolution : créances, remboursements, fortunes déplacées et intérêts nés de l’effondrement de la monarchie. Il aurait également avancé au roi une somme dépassant le demi-million de livres.
Voilà la singularité de Batz : royaliste, certes, mais royaliste de capitaux, de papiers et de réseaux. Lorsque la République cherche un homme capable d’acheter des consciences et de financer la contre-révolution, elle trouve en lui un suspect presque idéal.
Le 21 janvier 1793 : une scène célèbre, une preuve fragile
La tradition veut que Batz ait tenté de soulever la foule au passage de Louis XVI conduit à l’échafaud, boulevard de Bonne-Nouvelle, en criant « À nous, ceux qui veulent sauver le roi ! ». Le récit a une force cinématographique parfaite. Pourtant, l’absence de trace contemporaine décisive invite à le présenter comme un épisode attribué à Batz, non comme une certitude.
« Batz a-t-il toujours son cabriolet ? »
Le 1er octobre 1793, Pierre-Balthazar Roussel comparaît devant le comité de surveillance de la section Lepelletier. Le procès-verbal annonce une enquête sur les moyens de découvrir le « soi-disant chef de la conspiration de l’étranger ». L’expression conserve, au cœur même de l’accusation, une parcelle d’incertitude.
Depuis combien de temps Roussel connaît-il Batz ? A-t-il habité chez lui ? Qui faisait sa chambre ? Recevait-il beaucoup de lettres ? Pourquoi a-t-il quitté la rue de Ménars ? Parce que le loyer était trop cher, répond Roussel. Puis tombe cette question extraordinaire : « Batz a-t-il toujours son cabriolet ? » Roussel n’en sait rien. Il est arrêté.
Quelques mois plus tard, les questions portent encore sur des meubles prêtés, un lit de sangle et un domestique partagé. On annonçait une machination capable d’ébranler la République ; les papiers montrent un appartement, un cabriolet et le quotidien de relations devenues suspectes. Entre les deux, le personnage change de dimension.
Marie-Antoinette, le Temple et la « conspiration de l’étranger »
On lui attribue également des projets pour délivrer la reine et la famille royale. Dans l’automne 1793 puis au printemps 1794, son nom enfle dans le discours politique. Après le scandale de la Compagnie des Indes, des accusateurs décrivent un vaste réseau corrupteur dirigé par lui. Le 26 prairial an II, la Convention ordonne de rechercher les complices de la « conspiration de Batz ou de l’étranger ». Quatre jours plus tard, cinquante-quatre condamnés vêtus de chemises rouges sont exécutés.
Son nom accompagne pourtant plusieurs de ceux qui vont à l’échafaud.
Parmi les victimes figurent des personnes que les récits rattachent à son entourage : Marie de Grandmaison, son secrétaire Devaux, son domestique Tissot-Biret, mais aussi Madame d’Éprémesnil et des membres de la famille de Sainte-Amaranthe. Dans cette grande fournée de la Terreur, la proximité réelle, supposée ou fabriquée avec Batz devient un élément de l’accusation.
L’homme absent s’est changé en preuve. Parce qu’on ne le saisit pas, il peut être partout ; parce qu’il peut être partout, chaque relation devient suspecte. C’est ici que le personnage historique devient véritablement trouble : il y a les entreprises de Batz, mais aussi tout ce que la République accomplit en invoquant son spectre.
Plus qu’un fugitif : une explication
À mesure que Batz se dérobe, son nom devient commode. Il relie des affaires qui ne se rejoignent pas toujours, donne un centre à des peurs dispersées et prête un visage à l’ennemi invisible. Fut-il le maître d’un immense réseau, ou la figure autour de laquelle la Révolution ordonna ses soupçons ? Les papiers ne tranchent pas entièrement. C’est précisément cette hésitation qui rend l’homme si difficile à saisir.
Pendant qu’on le cherche, il achète une terre
Le détail est déroutant. Le 27 décembre 1793, alors que la police poursuit le mystérieux chef de la conspiration, Batz acquiert sous un nom d’emprunt le domaine de Chadieu, en Auvergne, pour une somme considérable. L’un des hommes les plus recherchés de France investit dans la pierre comme s’il préparait tranquillement l’après.
Et il survit : à la Terreur, au Directoire, puis à l’Empire. Sous la Restauration, l’ancien conspirateur royaliste obtient le grade de maréchal de camp et un commandement dans le Cantal en 1816. Sa carrière officielle est brève. La clandestinité lui avait mieux réussi que le service régulier.
Même mort, il échappe encore
Jean de Batz meurt à Chadieu en janvier 1822. Pourtant, une tradition orale recueillie bien plus tard lui attribue une ultime fraude : il aurait grossi le montant d’un bon du Trésor remis par Louis XVIII, puis aurait été poussé au suicide lorsque la falsification fut découverte. Aussitôt serait née une autre rumeur : son cercueil n’aurait contenu que des pierres et Batz aurait encore fui, cette fois en Suisse.
Le transfert de ses restes, en 1844, aurait révélé des ossements. Il était donc bien mort. Mais même sa pierre entretient l’incertitude : elle lui attribue une naissance en décembre 1760, tandis que les sources familiales, paroissiales et les notices modernes retiennent janvier 1754. Son acte de décès lui donne lui aussi un âge incohérent.
Celui qui avait commencé sa vie publique en revendiquant de meilleurs ancêtres finit sous une pierre qui lui choisit une autre naissance. Avec Jean de Batz, même l’état civil semble entrer dans le roman.
Quand la fiction semble se souvenir
Plus d’un siècle plus tard, une romancière imaginera un aristocrate royaliste, riche, clandestin, maître des faux noms, toujours en avance sur la police et acharné à soustraire des prisonniers à la mort. Elle dira que ce héros lui appartenait à elle seule. Pourtant, lorsqu’elle fera enfin entrer Jean de Batz dans l’un de ses romans, la ressemblance paraîtra si troublante qu’elle éprouvera le besoin de la démentir. Ce n’est peut-être pas Batz qui inspira le Mouron rouge. C’est la fiction qui, après avoir inventé Sir Percy, rencontra dans l’Histoire un homme étrangement placé sur sa trajectoire.
Qui est vraiment le Mouron rouge ?
Avec Sir Percy, aucun conditionnel : sa vérité est celle des romans.
Sir Percy Blakeney est un richissime aristocrate anglais. À Londres, il cultive l’apparence d’un dandy futile : vêtements extravagants, lorgnon, rire affecté, conversation paresseuse. Même Marguerite, son épouse française, le croit incapable d’héroïsme. Ce sot mondain est un masque.
Dans le secret, Percy dirige la Ligue du Mouron rouge, un groupe de gentilshommes qui traverse la Manche pour arracher des condamnés à la guillotine. Son signe est une petite fleur rouge, Anagallis arvensis, laissée comme signature et défi. Le premier roman présente vingt ligueurs : un chef et dix-neuf hommes liés par le secret.
Sir Percy Blakeney
- dandy apparemment stupide
- favori des salons londoniens
- mari distant de Marguerite
- masque social soigneusement joué
Le Mouron rouge
- stratège audacieux
- maître du déguisement
- chef d’un réseau clandestin
- sauveteur de proscrits
Un Arsène Lupin sous la Terreur ?
La comparaison dit bien le plaisir de lecture : déguisements, fausses pistes, messages codés, rendez-vous clandestins et duel d’intelligence avec la police. Mais Percy n’est pas un cambrioleur. Ce qu’il « vole » à la Révolution, ce sont des prisonniers promis à l’échafaud.
La peste dans la charrette
Dans le roman fondateur, des fugitifs passent une barrière cachés dans une charrette conduite par une vieille femme repoussante. La peur d’une contagion imaginaire tient les gardes à distance.
Le duel avec Chauvelin
L’agent français traque le Mouron rouge et utilise Marguerite pour découvrir son identité. Percy retourne pièges, apparences et préjugés contre son poursuivant.
L’enfant du Temple
Dans El Dorado, Percy tente d’arracher le jeune Louis XVII à sa prison. Cette aventure est fictive, même lorsqu’elle emploie des noms et lieux historiques.
Le mécanisme essentiel est déjà celui du super-héros moderne : une identité publique inoffensive protège une identité secrète héroïque. Zorro, Batman et nombre d’espions mondains reprendront cette dramaturgie du masque — sans qu’il soit nécessaire d’en faire des descendants directs.
Emmuska Orczy invente Sir Percy
Une aristocrate hongroise devenue autrice britannique, et un succès né d’abord sur scène.
Du personnage imaginé à la série littéraire : le Mouron rouge devient rapidement un univers à part entière.
Emmuska Magdalena Rosalia Maria Josefa Barbara Orczy naît en Hongrie en 1865. Sa famille quitte le pays après une révolte sur le domaine paternel, puis s’établit à Londres. Formée à l’art, elle épouse l’illustrateur Montagu Barstow et écrit en anglais. Elle meurt en 1947.
Dans son autobiographie, Links in the Chain of Life, Orczy donne à la naissance de Percy sa propre scène légendaire. Après avoir travaillé son décor révolutionnaire à Paris, elle voit soudain le personnage tandis qu’elle attend le métro londonien à Temple : un grand élégant, le lorgnon à l’œil, la voix traînante. Elle affirme avoir écrit le roman en cinq semaines.
Le livre essuie des refus. Avec son mari, Orczy en tire alors une pièce, montée à Nottingham en 1903 puis à Londres en 1905. Le triomphe théâtral ouvre la voie au roman, publié la même année. Ce parcours explique le rythme de l’œuvre : entrées, révélations, coups de théâtre et masques sont pensés pour la scène autant que pour la page.

Le Mouron rouge apprend d’abord à entrer en scène
Avant de devenir un succès éditorial, Percy conquiert le public au théâtre. Le goût du masque, du face-à-face et du retournement spectaculaire restera inscrit dans l’ADN de la série.
Orczy revendiquera toujours Sir Percy comme une création personnelle. Son témoignage n’interdit pas les influences ; il interdit d’inventer un modèle unique sans preuve.Lecture critique de Links in the Chain of Life (1947)
Son regard sur la Révolution est profondément contre-révolutionnaire, britannique et aristocratique. La foule française apparaît souvent brutale, l’Angleterre comme un refuge de liberté et d’ordre. Ce biais idéologique fait partie de l’œuvre : les romans sont d’excellentes sources sur l’imaginaire britannique de la Révolution au début du XXe siècle, pas des manuels sur 1793.
Une œuvre, puis tout un cycle
Le Mouron rouge déborde rapidement le roman de 1905.
The Scarlet Pimpernel
Le roman fondateur : Marguerite découvre que le dandy qu’elle méprise est l’homme que Chauvelin pourchasse.
I Will Repay
Une histoire de vengeance et de salut dans laquelle Percy intervient auprès de Paul Déroulède.
The Elusive Pimpernel
Chauvelin attire Percy à Boulogne et cherche enfin à capturer son adversaire.
El Dorado
Autour du Temple et de Louis XVII : Jean de Batz entre dans la fiction, distinct de Percy.
The League of the Scarlet Pimpernel
Un recueil qui multiplie les missions de sauvetage et donne davantage de place aux ligueurs.
Retours et origines
The Triumph…, Sir Percy Hits Back, Adventures…, puis des récits d’ancêtres prolongent la mythologie.
1905 · point d’entrée indispensable.
1906 · traduit sous le titre Le Serment.
1908 · le duel avec Chauvelin.
1913 · essentiel pour la question Batz.
1919 · aventures de la Ligue.
1922 · Percy face à Robespierre.
1927 · nouvelle opération en France.
1929 · recueil de récits.
1917 · mission menée autour d’Yvonne de Kernogan.
1924 · l’héritage du nom transporté dans les années 1920.
1932 · histoire située entre 1793 et 1794.
1933 · Percy au cœur de la Terreur.
1936 · aventure située au début de 1793.
1940 · dernier roman du cycle publié du vivant d’Orczy.
1914 · un ancêtre de Percy dans les Provinces-Unies du XVIIe siècle.
1921 · suite de la généalogie héroïque des Blakeney.
La série ne suit pas l’ordre chronologique de ses intrigues. Les listes varient selon qu’elles incluent les recueils, les récits d’ancêtres et Pimpernel and Rosemary, situé après la Première Guerre mondiale. Les titres ci-dessus rendent ces périmètres explicites.
Batz a-t-il inspiré le Mouron rouge ?
La réponse courte est « pas au sens d’un modèle déclaré ». La réponse honnête demande trois étapes.
1. Pourquoi le rapprochement paraît évident
Un royaliste fortuné, clandestin, lié à des projets de délivrance, utilisant relations et identités d’emprunt, échappe longtemps à la police de la Terreur. La silhouette de Batz offre exactement les ingrédients que le lecteur reconnaît chez Percy. De plus, G. Lenôtre publie en 1896 son influent Baron de Batz, neuf ans avant le roman d’Orczy.
2. Pourquoi l’influence directe n’est pas démontrée
Aucun document connu — carnet, lettre ou brouillon — n’établit qu’Orczy a choisi Batz comme patron de son héros. Son séjour parisien et la circulation des récits de Lenôtre rendent possible une imprégnation par tout un imaginaire contre-révolutionnaire. Baptiste Roger-Lacan juge ce voisinage intellectuel plausible. Mais plausible n’est pas prouvé.
3. Ce qu’Orczy écrit elle-même en 1913
« The identity of the Scarlet Pimpernel is in no way whatever connected with that of the Baron de Batz. »Emmuska Orczy, préface d’El Dorado, 1913
Orczy ouvre El Dorado par ce démenti, précisément parce que la confusion circule déjà. Puis elle met les deux hommes dans le même roman. Ils ne sont ni identiques ni alliés : Batz poursuit une restauration politique ; Percy est présenté comme le sauveteur désintéressé des victimes. La romancière oppose même fortement leurs caractères et leurs buts.

Jean de Batz
- homme réel
- financier et acteur politique
- réseaux d’étendue discutée
- épisodes parfois seulement attribués

Sir Percy Blakeney
- personnage inventé
- héros de sauvetages romanesques
- Ligue définie par l’autrice
- exploits entièrement connus par les romans
| Question | Jean de Batz | Sir Percy Blakeney |
|---|---|---|
| Statut | Personne historique (1754–1822) | Personnage fictif publié en 1905 |
| Nationalité | Français, né en Gascogne | Aristocrate anglais |
| Projet | Action royaliste et politique | Sauvetage romanesque d’individus |
| Réseau | Relations réelles mais étendue disputée | Ligue définie par l’autrice |
| Exploits | Reconstitués, contestés ou attribués | Entièrement connus par les récits |
| Dans El Dorado | Personnage historique fictionnalisé | Héros qui agit face à lui |
Conclusion documentaire
Non : nous ne pouvons pas présenter Jean de Batz comme « le modèle » du Mouron rouge. Oui : Batz appartient au matériau historique et légendaire qui ressemble étonnamment au monde de Percy. L’influence générale de récits contre-révolutionnaires, notamment ceux de Lenôtre, est vraisemblable ; la filiation personnelle et directe reste indémontrée, et Orczy la nie.
Bibliographie raisonnée
Les sources primaires sont distinguées des études et des récits qui ont construit la légende.
Œuvres d’Emmuska Orczy
- The Scarlet Pimpernel, Greening, 1905. Texte intégral, Project Gutenberg.
- El Dorado, Hodder & Stoughton, 1913, en particulier la préface. Texte intégral.
- The League of the Scarlet Pimpernel, Cassell, 1919.
- Links in the Chain of Life, Hutchinson, 1947 — autobiographie et récit de la genèse.
Jean de Batz et la Révolution
- G. Lenôtre, Un conspirateur royaliste pendant la Terreur. Le baron de Batz, 1792–1795, Perrin, 1896.
- Charles de Batz, La vie et les conspirations de Jean, baron de Batz, 1754–1793, Calmann-Lévy, 1909.
- Arnaud de Lestapis, La « Conspiration de Batz » (1793–1794), Société des études robespierristes, 1969.
- Bibliothèque nationale de France, notice Jean de Batz (1754–1822).
Études sur le Mouron rouge
- Baptiste Roger-Lacan, « Démophobie, francophobie, Contre-révolution : comment le Mouron rouge a traversé la Manche », La Révolution française, 20, 2021. Lire l’article.
- Sally Dugan, Baroness Orczy’s The Scarlet Pimpernel: A Publishing History, Ashgate, 2012.
Comment lire ces références
Lenôtre et Charles de Batz sont indispensables pour comprendre la fabrication du personnage héroïque, mais doivent être confrontés aux pièces révolutionnaires et à l’historiographie critique. De même, la préface d’Orczy renseigne d’abord sur son intention littéraire : son portrait très hostile de Batz n’est pas une biographie historique.
La ressemblance est réelle.
L’identité est une fiction.
Jean de Batz ne fut pas le Mouron rouge. Mais si les lecteurs les ont rapprochés, ce n’est pas tout à fait par hasard : bien avant Sir Percy, un Gascon avait déjà déplacé des fortunes, vécu sous de faux noms, inquiété la police et disparu chaque fois qu’elle croyait le saisir.
Orczy inventa les exploits du Mouron rouge. L’Histoire inventa autour de Batz un personnage presque aussi extraordinaire.
